Après la polémique de l'été 2010 sur la fermeture des camps de Roms en France, l'idée d'une stratégie européenne pour cette minorité avait été mise sur la table. La Commission européenne a fait des propositions, mardi 5 avril [1], pour donner un cadre d'action commun aux pays membres de l'UE.
« La situation en France de l'été dernier a été un signal d'alarme utile. A ce moment-là, tout le monde en Europe s'est vu rappeler qu'il y avait des droits pour les citoyens d'Europe et qu'ils devaient être appliqués », a déclaré la commissaire à la Justice Viviane Reding, lors de la présentation du texte.
En Europe, 10 à 12 millions de Roms souffrent de discriminations et d’exclusion. « Les conditions de vie de la majorité des Roms et leurs relations avec le reste de la société ont empiré ces dernières années », a déclaré le commissaire européen à l’Emploi, aux Affaires sociales et à l’inclusion, László Andor.
Pour intégrer les populations roms, la Commission demande donc à chaque Etat membre de l'UE de proposer un plan pour mettre en place des objectifs communs. « Nous avons besoin d’un engagement clair de toutes les capitales, régions et villes d’Europe pour les mettre en œuvre», a expliqué Viviane Reding.
Une approche ciblée
Le cadre défini par l’UE [2] établit des objectifs en matière d’éducation, d’emploi, de santé et de logement. Les Etats devront s’assurer que tous les enfants roms achèvent leur cursus dans l’enseignement primaire.
Ils devront mettre en place des mesures afin de réduire l’écart de taux d’emploi entre les Roms et les autres citoyens. La Commission impose également de réduire le taux de mortalité infantile et de favoriser l’accès au logement et aux services publics essentiels, tels que l’eau courante ou l’électricité.
D’ici la fin de l’année 2011, les pays devront communiquer leur stratégie à l’égard des Roms en spécifiant la façon dont ils comptent atteindre ces objectifs.
Les fonds européens prévus pour l'intégration des Roms [3] devront également être mieux utilisés. En décembre 2010, un rapport avait montré les problèmes rencontrés sur le terrain pour dépenser l'argent en faveur de cette minorité.
La Commission demande donc aux pays de l'UE de « modifier leurs programmes de dépenses des fonds structurels européens », de manière à ce que l'argent de l'UE contribue plus largement à leur stratégie d’inclusion des Roms.
Un mécanisme de suivi
Enfin, la Commission européenne souhaite mettre en place un mécanisme de suivi afin de mesurer les résultats sur le terrain. Ce rôle sera attribué à l'Agence européenne des droits fondamentaux, qui collectera les données sur la situation économique et sociale des Roms, en coopération avec d'autres organisations. Un rapport annuel sera publié sur les progrès effectués dans chacun des Etats membres. Reste à savoir si la Commission pourra refuser des plans qu'elle considèrerait insuffisamment à la hauteur. La stratégie devra également être mise en œuvre par les Etats qui souhaitent adhérer à l'UE et notamment dans les Balkans. Selon une étude réalisée dans six pays de l'Union européenne, seulement 42% des enfants roms terminent leur cursus à l'école primaire, contre une moyenne de 97,5% en Europe. Et ils ne sont que 10% à intégrer l'enseignement secondaire.
Enfin, leur espérance de vie est de 10 ans inférieure à la moyenne européenne, qui est de 76 ans pour les hommes et 82 ans pour les femmes.
POSITIONS:
Selon la députée européenne (Verts/ALE) Hélène Flautre, [4] « la balle est désormais dans le camp des Etats membres: l'adoption par le Conseil européen de juin 2011 de cette stratégie-cadre sera un signal fort de l'engagement de l'Union à mettre un terme à l'exclusion des Roms. Mais c'est bien plus dans la définition et la mise en œuvre de leur stratégie nationale que les Etats membres devront prouver leur réelle volonté d'inclusion et donc leur attachement aux valeurs européennes.»
Elle estime que la Commission ne peut «en aucun cas s'arrêter là, et devra s'impliquer pleinement dans le mécanisme de monitoring qu'elle entend mettre en place», notamment «exercer pleinement son devoir de constat de carence» des plans des Etats, pour assurer le respect de la législation.
«Le document n'est bien sûr pas parfait et pourrait être bien plus audacieux sur de nombreux sujets, mais c'est déjà un pas considérable dans la bonne direction», a déclaré [5] la seule députée européenne rom du Parlement Livia Jaroka (PPE). Maintenant c'est aux Etats membres d'adopter la stratégie et de mettre en œuvre ces objectifs. Selon elle, l'accent doit particulièrement être mis sur les problèmes d'éducation.
Les sociaux-démocrates européens ont fortement condamné [6] les tentatives d'intimidation à l'encontre de la population Roms à Gyongyospata et Hejoszalonta (Hongrie). "Cette attitude est incompatible avec les valeurs du Traité de Lisbonne", ont-ils déclaré lors de la session plénière du Parlement à Strasbourg.
Ils ont également critiqué le caractère "vide" de la stratégie d'intégration des Roms, "Le Jobbik (parti d'extrême droite hongrois) et les autres partis de même tendance ne prendont pas au sérieux cette stratégie" a déclaré l'eurodéputée hongroise Kinga Göncz.
(source : Euractiv.fr)
:
[1] http://www.euractiv.fr/sites/default/files/communique_roms.pdf
[2] http://www.euractiv.fr/sites/default/files/communication_roms.pdf
[3] http://www.euractiv.fr/fonds-europeens-roms-mal-utilises-article
[4] http://www.greens-efa.org/cms/pressreleases/dok/377/377168.stratgie_de_lue_pour_lintgration_des_rom@en.htm
[5] http://www.eppgroup.eu/press/showpr.asp?prcontroldoctypeid=1&prcontrolid=10248&prcontentid=17362&prcontentlg=en
[6] http://www.socialistsanddemocrats.eu/gpes/public/detail.htm?id=135587&section=NER&category=NEWS&startpos=2&topicid=-1&request_locale=FR