IV Rencontres sur la Gouvernance Alimentaire Locale Regards croisés franco-hongrois 29 & 30 novembre 2018

IV Rencontres sur  la Gouvernance Alimentaire Locale

Regards croisés franco-hongrois

29 & 30 novembre 2018

Ces quatrièmes Rencontres franco-hongroises sur la Gouvernance Alimentaire Locale ont connu un très vif succès avec près de 120 participants sur 2 jours.

Les échanges ont débuté par une conférence suivie d’une Table Ronde le jeudi 29 novembre à l’Institut Français de Budapest qui a réuni de nombreux élus locaux, association de collectivités locales, membres de la Chambre Nationale d’Agriculture (NAK), d’Instituts de recherche (NAIK, AKI, Centre de recherches d’études municipales) et d’université (NKE), association de petits producteurs, artisan bio, experts, associations…

Une réunion de travail (17 personnes) a permis dans l’après-midi du 29 de poursuivre les échanges, d’identifier des thèmes d’intérêt et des besoins de coopération. Des visites de terrain, le 30 novembre, ont parfaitement complété ces Rencontres en permettant des échanges de qualité et utiles entre partenaires français et acteurs locaux hongrois : centre de logistique de produits locaux, «Az én Piacom» et l’association réseau de producteurs «Szatyorbolt».

 

Contexte : Ces IV Rencontres s'inscrivent dans des actions que nous menons depuis 2012 en étroite coopération avec le SCAC et l'IF de Budapest autour des Circuits courts, du développement rural et durable, de l'alimentation et de la protection de l'environnement. INFH travaille sur ces questions en favorisant régulièrement des échanges et en animant un réseau informel de partenaires français, hongrois et roumains. Nous avons également des liens en Allemagne, en Belgique et en Espagne.

Au cœur de toutes ces thématiques, nous nous attachons à promouvoir le rôle cardinal des collectivités locales et celui central des élus locaux en lien avec la société civile.

Une réelle prise de conscience sur les questions d'alimentation a lieu en Europe et dans le monde. La nécessité de changer de paradigme s'impose progressivement : comment rendre l'agriculture durable ; comment assurer la nécessaire transition écologique de notre système agricole et alimentaire ; comment développer une approche territoriale inclusive de la transformation rurale, lorsque « la moitié de la population mondiale vit désormais dans des villes moyennes et petites, ou dans la sphère d'influence de ces dernières» (FAO).

Construire de nouveaux modèles de production et de consommation en reliant (autant que possible) directement les consommateurs urbains qui vivent dans des villes petites où grandes et les producteurs.  Les Systèmes Alimentaires Territorialisés (SAT) constituent une forme émergente alternative au modèle dominant agro-industriel, inspirée par un objectif de réduction des externalités négatives et de valorisation des impacts sociaux, environnementaux et économiques positifs. Les systèmes de gouvernance alimentaire locale et les Projets Alimentaires Territorialisés (PAT) apparaissent comme d'excellentes solutions pratiques et efficaces pour assurer cette indispensable transition écologique.

La problématique de l'alimentation dans les territoires constitue une préoccupation de plus en plus prégnante dans les collectivités locales en raison de sa dimension sociale, sanitaire, environnementale, de son  impact sur l'ensemble des acteurs économiques qui y interviennent et de la demande croissante des citoyens.  En outre,  s'agissant de la mise en place d'une économie globale à l'échelle d'un territoire, l'organisation d'un schéma local pour l'alimentation doit aussi passer par une sensibilité à la consommation d'énergie. En effet, si l'on considère une filière courte d'approvisionnement alimentaire, il est indispensable aujourd'hui de considérer les dépenses énergétiques tant pour la production que pour le transport et la conservation. Ce mouvement intervient au moment même où l'agriculture traverse une crise profonde d'un système qui ne permet plus aux producteurs, aux agriculteurs d'être dignement rémunérés pour leur travail. Les récentes crises alimentaires ont amené les consommateurs à réfléchir sur leurs actes de consommation et à modifier profondément leur comportement. La demande de bio a ainsi considérablement augmenté en France alors que la production n'arrive pas à suivre. Faisant qu'à l'heure actuelle une part importante des produits bio doit encore être importée.

Ainsi, de nombreuses initiatives issues de collectivités territoriales  ou de la société civile ont vu le jour partout dans le monde. En Europe, le Pacte de Milan promeut la défense des territoires urbains et ruraux à travers l'implication des villes et des régions. Plus récemment en France, la récente mise en place par le gouvernement des états généraux de l'alimentation témoigne de l'importance de ce sujet. Il souhaite que d'ici 2022, l'ensemble de la restauration collective propose au moins 50% de produits biologiques, de labels de qualité ou locaux.

Conférence-Table ronde à l'Institut français de Budapest

Remerciant en ouverture les participants et les intervenants français et hongrois, M. Frédéric Rauser, Conseiller de Coopération et d'Action Culturelle, a rappelé l'importance des enjeux, le rôle et l'action de l'Institut Français de Budapest autour de la protection de l'environnement. Il a également salué la qualité de la coopération avec INFH.

Mme Katalin Tószegi-Faggyas, Directrice Adjointe du Département du développement rural de la Chambre Nationale d'Agriculture (NAK) a fait part de tout l'intérêt que la Chambre nationale porte à l'implication des acteurs locaux. Soulignant que sans eux mais aussi sans les consommateurs, les programmes et projets nationaux ne peuvent pas fonctionner. Elle a également évoqué le rôle important des transformateurs et du transport.

Rappelant en introduction aux débats qu'une personne sur trois souffre aujourd'hui de malnutrition, avec la perspective si rien n'est fait d'une sur deux en 2030, Mme Florence Egal, Experte en sécurité alimentaire, nutrition et systèmes alimentaire locaux, a présenté les enjeux fondamentaux d'une nouvelle gouvernance pour une alimentation durable. Elle a mis en avant le rôle central des villes qui en faisant le lien avec les campagnes permet la réorientation des systèmes alimentaires. Evoquant le Pacte de Milan, elle met en avant l'importance des réseaux de villes. Constatant la faible implication pour l'instant des pays d'Europe centrale et orientale,  elle souligne la nécessité de favoriser les échanges entre ces pays et ceux de l'Ouest.

M. Gilles Pérole, Adjoint au Maire de Mouans-Sartoux et Président de l'association « Un plus Bio », a démontré comment il est possible pour une cantine scolaire de passer à 100% bio en tordant le cou à quelques préjugés dont les hausses de prix. Une véritable stratégie a été mise en place avec une régie agricole municipale (aides aux agriculteurs et augmentation des terres agricoles), lutte contre le gaspillage alimentaire, outil pédagogique (enfants, élus), épicerie sociale, partage de savoir faire. Il a également insisté sur le problème du plastique, véritable fléau quotidien. Il a enfin souligné la nécessaire prise de conscience indispensable à l'adhésion des citoyens à ces projets.

Mme Stéphanie Hiriarte, Chargée de mission à la Communauté d'Agglomération Pays Basque (CAPB). Avec 158 communes, la CAPB est la plus grande Communauté de communes de France en nombre de communes. Un vaste chantier de Gouvernance alimentaire est en cours avec l'ambitieux projet de déboucher sur un Projet Alimentaire Territorial. Présentant les différentes étapes, elle a particulièrement insisté sur le besoin de réunir l'ensemble des acteurs. Dans ce but, un Conseil de gouvernance alimentaire a été mis en place. Comme pour de nombreux territoires, elle a mentionné l'indispensable protection du foncier agricole et la lutte contre le gaspillage alimentaire.

M. Gábor Üveges, Maire de Hernádszentandrás, petit village du nord-est de la Hongrie, a présenté son projet de « BioSzentandrás » qui transformé véritablement la vie des ses concitoyens. Plus l'agriculteur est petit, plus le rôle de la municipalité est important. Il a favorisé le développement d'initiatives locales à travers la création de coopératives sociales qui ont permis de créer des emplois locaux. Conscient du besoin de changer les mentalités, il souhaite développer les échanges, entre autres internationaux.

Mme Takács Pálné, Maire de Szorgalmatos Község Önkormányzata. Elle aussi confirme le rôle déterminant des élus dans les petites commnunes ou villes, frappées par le chômage. Elle a également favorisé la mise en place d'une production agricole municipale sur 830 ha qui permet d'alimenter une cuisine municipale (400 repas / jour) et un marché local. Elle privilégie la diversité agricole et assure des formations. Le tout en favorisant les énergies renouvelables.

Mme Hajnalka Borbélyné Fülöp, Maire de Tetétlen Község Önkormányzata, petite commune de 1415 habitants, constate elle aussi l'indispensable implication des citoyens. Dans les petites communes rurales, c'est tout simplement vital. Elle insiste sur le fait que les habitants doivent être les animateurs des changements. Afin de les convaincre, elle souhaite pouvoir développer et participer à des échanges d'expériences, comme aujourd'hui !

M. Balázs Németh, Maire de Bácsalmás, très impliqué depuis plusieurs années dans le développement durable et local a mis notamment en place une coopérative sociale et développe une production agricole sur 50 ha. Il est confronté, comme de très nombreux territoires, au manque de main d'œuvre lié aux graves problèmes de démographie que connaît la Hongrie. Il rappelle par ailleurs la coopération entre le Groupe d'Action Locale (GAL) qu'il préside avec son partenaire de Nîmes (GAL de Garrigues et Costières).

  

Table ronde - La mise en œuvre de la gouvernance alimentaire

 

Réunissant 13 intervenants, la Table Ronde qui a suivi a permis de revenir sur certaines interventions et soulevé de nombreuses questions liées au Bio, au rôle : des élus, des Chambres d'agriculture et des acteurs locaux, des réseaux (de villes, d'associations) et plus largement sur les conditions de la mise en place d'un projet alimentaire territorial.

Elle a aussi permis d'échanger sur certaines pratiques exemplaires comme celle de Valencia en Espagne.

M. Gellért Szabó, Maire de Szentkirály  et Président de l'association (nationale) des villages hongrois (Magyar Faluszövetség), confirmant lui aussi l'intérêt d'adapter les bonnes pratiques, souhaite développer les échanges européens dans ce but. Il rappelle les échanges et la participation régulière aux actions d'INFH depuis plus de 10 ans.

Les problèmes liés aux réglementations nationales et européennes soulevées par Mmes Mme Andrea Szabadkai, Présidente et  Mme Ágnes Major, avocate (de l'association Kislépték) ont entrainé un vif débat. En effet, plusieurs élus ont encore déploré les limitations (et contraites) des appels d'offre public, qui interdisent notamment de favoriser les produits locaux. Constatant la débauche d'énergie pour trouver des solutions, M. Gilles Pérole fait remarquer à juste titre qu'il serait plus important de consacrer les énergies à faire modifier ces réglementations plutôt que de passer son temps à contourner ces obstacles.

Dans la foulée, des échanges nourris avec la salle sont venus compléter cette première partie.

En conclusion, M. José L. Osete, Directeur de l'association INFH, a souligné que les passionnants échanges de cette journée sont au cœur des nombreux défis auxquels nous sommes confrontés, défis liés les uns aux autres : défi environnemental, défi alimentaire, défi social, sanitaire et économique. Environnemental avec les dérèglements climatiques et le réchauffement de la planète aux conséquences incalculables et surtout irréversibles. Alimentaire et sanitaire : alors que la malnutrition gagne du terrain et que partout la malbouffe progresse. Social avec l'augmentation de la pauvreté, la précarisation croissante et les concentrations des populations. Economique : avec la difficulté systémique de rémunérer correctement les agriculteurs.

Nombreux sont ceux qui prônent encore comme solution la poursuite du système actuel, basé sur une croissance infinie et sur un pillage des matières premières fossiles, non renouvelables et polluantes. D'autres encore pensent que les progrès des sciences et techniques, vieux mythe éternel développé aux cours des « 30 glorieuses » (pas pour toute la planète), nous apporteront les solutions pour continuer avec son mythe corollaire de la Croissance infinie. Pourtant, le constat est sans appel : la croissance infinie dans un monde fini est tout simplement impossible. La nécessité de changer de paradigme est une urgence absolue. Tel que nous l'avons vu aujourd'hui, de très nombreuses expériences dans le monde démontrent que d'autres alternatives existent. A travers la transition écologique, il convient de favoriser l'autonomie des territoires : alimentaire, énergétique, économique, et services publics locaux. Les villes et les territoires sont au cœur du problème. Le but doit être de promouvoir la résilience des territoires.

Par ailleurs, il soulève le problème de la démographie en Hongrie, avec un vieillissement de la population, dû entre autres au trop faible taux de natalité. Ceci entrainant de nombreux problèmes dans les territoires avec la désertification rurale et un exode rural (lent mais continu). En cela, on peut noter des similitudes avec la France qui elle aussi possède de très nombreuses petites communes, fragiles mais indispensables à la vie des territoires.

Dans ce contexte, il apparait que les collectivités locales peuvent et doivent avoir un rôle moteur. Elles sont les mieux à même de mener une réflexion relative à la gouvernance alimentaire locale en se servant de la restauration collective comme un outil au service d'une alimentation durable de qualité.

L'alimentation durable ne relève pas d'une lubie. Elle permet une vraie prise en compte des enjeux de santé et intègre l'évaluation des impacts de la production agricole sur l'environnement, la biodiversité et le réchauffement climatique. Il nous faut relever le défi de manger mieux en restauration collective, en suivant la dynamique porteuse du secteur bio (plus de 10% de croissance depuis quinze ans), réputé par ailleurs bon pourvoyeur d'emplois selon l'Agence bio. Et en suivant, aussi, les nouvelles recommandations nutritionnelles officielles. Le Programme national nutrition santé (PNNS) 2018-2022 qui fixe l'objectif d'«au moins 20% de consommations bio de fruits, légumes, produits céréaliers et légumineuses pour l'ensemble de la population française» ?

Au-delà de la question alimentaire et face au problème de désertification rurale, la gouvernance locale favorise le maintien et le développement d'emploi locaux. Elle recrée un lien entre producteur et consommateur, elle recrée du lien social.

 

Mots-clés: 
Mots-clés: 

Vous devez vous connecter pour pouvoir lire l'intégralité de cet article.

Se connecter